Voulez-vous connaître les "Dix Commandements du Corse" ?
Per fatti tene è per fatti fà piazza, mai ùn ti vergugna di a to razza.
(Pour te faire aimer et pour te faire respecter, n'ais jamais honte de ta race).
In ogni circustanza, è in sempiterna, ùn ti scurdà di a to'lingua materna.
(En chaque circonstance, et pour l'éternité, n'oublie jamais ta langue maternelle).
Se tu si fora è i to'veccghji vivi, veni à vedeli spessu è spessu scrivi.
(Si tu es dehors, et tes anciens vivants, viens les voir souvent et écris leur souvent).
Appena assicuratu lu to'pane, volta à u to'paese u lindumane.
(Une fois que tu as assuré ta situation, reviens dans ton village le lendemain).
E se tu trovi u fucone spentu, accendilu dinò dopu avè pientu.
(Et, si tu trouves le foyer éteint, allume-le encore après avoir pleuré).
Subitu ghjuntu, dopu qualchi ghjornu, acconcia la to'casa è u to'fornu.
(À peine arrivé, après quelques jours, arrange ta maison et ton four).
Inseta è poni l'olivi è i castagni, ch'ùn sò mai stati gattivi cumpagni.
(Greffe et plante les oliviers et les châtaigniers car ils n'ont jamais été de mauvais compagnons).
Rippianta la to'vigna è, se tu poi, compra una fera è un paghju di boi.
(Replante ta vigne et, si tu le peux, achète une mule et une paire de bœufs).
Teni pronti li ferri è u cunceghju, pensendu ch'ellu pò vene u peghju.
(Garde toujours les outils et l'araire, pense que le pire peut venir).
E vai à indinucchjati, ancu ogni tantu, a u pede di quelle croce in campusantu.
(Va donc t'agenouiller, même de temps en temps, au pied de ces croix dans le cimetière).
L'auteur de ces dix phrases qui, à bien y méditer, devraient être, ici comme ailleurs, les assises de tout sain
comportement chez l'homme, se nommait Peppu Flori ; quoi qu'il en soit, elles sont, en Corse, les bases,
les fondements authentiques de notre sens insatiable, inexpugnable et inextinguible de respect et de paix.
"Rispettu" (Respect)… "Pace" (Paix)… mais aussi "Mamma" (Mère)…"Babbu" (Père)… "Zitelli" (Enfants)… "Sulidarità"
(Solidarité)… "Terra" ou "Tarra" (Terre)… "Pòpulu" (Peuple)… "Anziani" (Anciens)… "Curaghju" (Courage)…"Onore"
(Honneur)… "Libertà" (Liberté)… sont quelques exemples des mots clefs de notre identité, ceux qui charpentent,
qui équilibrent, qui donnent un sens précieux et précis à la vie et à son ossature.
Il en existe un autre : "Surghjente" (Source)…
Qui dit "source" dit "eau", dit "vie", "sève", "suc", "goût", "quintessence", "mémoire" et "espoir" de la terre ;
c'est précisément cela qui nous intéresse.
La source est à l'image de notre existence car elle parvient à sourdre, à couler, à jaillir, à bondir de rocher en rocher
à chaque heure du jour et de la nuit afin de procurer ce dont nous avons toutes et tous tant besoin aujourd'hui :
le sens du mot "émerveillement" !
Sources de nos montagnes… pureté… limpidité… suavité…
Sources de nos fleuves qui, complices, n'ont de cesse de rallier la mémoire de cette mer Méditerranée,
mer médiane entre les terres, mer trait d'union…
Sources de ce décor, au sens premier "extraordinaire", que nous entendons protéger envers et contre tout…
Sources de notre antériorité multimillénaire et de notre Histoire si mouvementée…
Sources de cette considération à entretenir à l'égard de nos aïeux qui ont tant peiné et qui ont tout donné pour le
devenir de leurs enfants…
Sources de nos héros de tous âges, de toutes conditions, de tous horizons et de toutes confessions…
Sources de notre foi en Dieu si présente, si vaillante, depuis si longtemps…
Sources de la confiance en la Vie à transmettre, à notre tour, à nos descendants…
Sources de notre "savoir-être", de notre savoir-faire et de l'espérance irréductible, inépuisable, qui, à chaque instant,
sont nos plus fidèles compagnons.
L'éminent philosophe Jean-Toussaint Desanti (Ajaccio, 1914 - Paris, 2002) a écrit cette phrase lumineuse (Une de plus…) :
"Être né en Corse serait donc porter en soi, dans son extrême singularité, le tourment de
l'ailleurs ?" ; qu'il nous pardonne du haut des Cieux mais, très humblement, nous avons très envie de remplacer le mot "tourment" par le mot "espoir" ou "bonheur" et le point d'interrogation par un point d'exclamation.
UN SUGHJORNU IN TASSU
A guasgi 900 metri, à una ora da Aiacciu, Tassu s’aggrotta in un castagnetu secularu. In cima di u paesi sò l’alloghji.
Un locu fatatu! Una varina chì ghjargaleghja i so acqui da purtà ancu più friscura à u locu com’è s’eddu ùn bastaia u frescu di u castagnetu.
Tanti spassighjati, tanti lighjendi v’aspettani !
Forza ch’è vo avareti a furtuna di dorma in a camara à u mulinu. Eh iè ! Un veru mulinu chì à partasi da nuvembri macina
è dà una di i farini d’alta nomina in Corsica.
A notti sareti biucciati da u chjama è rispondi trà a varinedda è u ciocciu. A matina sarà u cuccu, quiddu chì ùn sà dì ch’è u so nomu.
In lu vostru sonniu, pò dassi chì vo ricivissiti a visita di calchì paisanu à u mulinu bughendu u so sameri carcu à castagni secchi.
E u muscu di a farina pulata da i macini vi firmarà impressu.
Un locu fatalu a vi diciami. Allora, siati i benvinuti in Tassu.
Ch'eddu sia ringraziatu Lisandru Bassani pà u so appoghu à a inghjennatura di st'òpara.
s
cun affettu.